Quelques
articles que ABI a mis de coté pour nous tous !:) |
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Best n° 211
- février 1986
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Michel & France - En vingt années d’amours tumultueuses, d’incompréhension, de séparation, de réconciliation avec Polnareff , elle a assurément changé, et lui ?
Chacun ses références. Quand on parle « soixante », les rock kritiks répondent en général Dutronc, Gainsbourg, Hardy, voire Johnny Hallyday ou Eddy. Choix judicieux et évident, certes, mais moi, avant tous ceux-là, j’avance un nom qui me fait bander de nostalgie : Polnareff !
Bon sang, mais c’est bien sûr, Polnareff, on a tous des souvenirs qui remontent en déferlantes : « Gloria », « Love Me Please Love me », « La poupée Qui Fait Non »…Les marches du Sacré-cœur, le look psyché, la tignasse célèbre, les lunettes mystère, « Je Suis Un Homme », la moto dans l’appartement, les deux Olympias dans l’année, l’affiche au cul frondeur. LE scandale pompidolien par excellence, les bœufs avec Johnny au palais des Sports, façon les rocks les plus terribles, des tubes et encore des tubes, et puis « l’affaire », l’exil, le silence.
Depuis, le retour épisodique. Tiens, Polnareff est exactement comme quand il était parti ! En plus musclé, Californie oblige. On n’en parle jamais. Pourtant il vend toujours des disques : « Bulles » son avant-dernier album est disque d’or, sans qu’il ait fait aucune promo. L’était pas là !
Parfois je me demande pourquoi les groupes français, si prompts à piller Dutronc, Gainsbourg, Hardy, ne se sont jamais attaqués à Polnareff. Le respect peut-être, ou bien une trop profonde originalité, qui l’a toujours fait jouer les franc-tireurs, les iconoclastes sophistiqués, les rebelles raffinés. Vu d’aujourd’hui, entre « Nights In White Satin » et « Le Bal Des Lazes », qu’est-ce qui reste comme le slow immanent, LE hit-pathos ?
Bon, Polnareff sixties, en général, on veut bien me suivre. Mais en 85 ? L’ostrogoth est là et bien là. Evidemment, il n’y a plus cette frontière si nette entre lui et les autres. Les chanteurs du jour ont appris la production, la richesse du son. Ca ne lui enlève rien. Ecoutez « Incognito », son dernier opus, les chansons ne seront peut-être pas légendaires comme « Tout Tout Pour Ma Chérie », mais elles sont futées, nerveuses, il y a cette voix de tête inchangée, cette bonne humeur, cette attaque qui est la caractéristique du personnage.
Au fait, Polnareff est un sacré personnage. Une rock star comme on n’en imagine plus que dans les rêves des adolescents. Après des mois de traque, j’ai finalement mis la main dessus. Ou plutôt c’est lui qui m’a trouvé. Mon téléphone m’a transmis la voix fameuse : « Allô, c’est Polnareff, je sais que tu me cherches depuis un bout de temps, alors voilà, on passe par-dessus les attachés de presse qui nous compliquent la vie, je suis à l’hôtel W, tu m’appelles et tu viens quand tu veux » !
ROCK OU POLKA
Ce mec, c’est une tornade. Dans sa chambre, il occupe l’espace à lui tout seul, il dialogue en même temps avec son mainate bilingue et un correspondant téléphonique, une main sur le clavier de son ordinateur, l’autre sur la croupe avantageuse d’une groupie…Il cavale dans tous les sens, branche tout le monde, avec une simplicité adorable. Il discute foot avec le barman, musique avec Pete Townshend et Robert Palmer qui fréquente le même palace, file cinquante sacs au clodo devant la porte d’Europe 1, et l’instant d’après se plaint de devoir des fortunes aux impôts, s’enflamme à tout propos, parle de lui avec une faconde généreuse, et si vous partagez son amour invétéré des filles, du sport et des bloody marys, il vous emmènera loin, loin dans son sillage…
-Entre 65 et 85, ça a évolué le show-business ?
Polnareff : « Le métier était plus marrant, il y avait plus le sens de la fête et moins de problèmes financiers. Les maisons de disques étaient plus folles à l’époque, maintenant elles sont devenues carrément paramilitaires. Ce sont des maisons de distribution, avec pas trop d’imagination artistique. La musique, elle, est beaucoup plus sophistiquée ! Il y a eu des progrès énormes dans le son des disques français, et le fossé qu’il y avait entre ma musique et celle des autres Français est moins profond aujourd’hui.
-Tu subissais les Directeurs Artistiques ?
-Il y a toujours quelqu’un quelque part qui veut jouer au producteur. Et qui n’a pas forcément tort d’ailleurs, parce qu’après tout, un mixage, c’est un choix personnel ; j’ai forcément raison dans les ingrédients que j’amène mais on peut discuter par contre de ce que j’en fais. Ce qui m’ennuie, c’est quand quelqu’un qui sait moins que moi m’explique comment la vie ça marche. C’est comme au service militaire.
-C’est différent, le show-biz américain ?
-Ici ou là-bas, c’est bourré de gens qui ne sont pas des spécialistes ni des professionnels. On ne sort pas d’une école de Directeur Artistique ! Y’a pas de diplôme. Tout le monde n’est pas Quincy Jones ? Lui c’est un vrai producteur, un réel talent. Mais il y a combien de mecs qui ne sont rien et qui ont une casquette de D.A, qui sont en fait des mecs de « relations publiques » et qui ne savent même pas ce qu’est une console. Moi un jour j’ai voulu savoir, eh bien j’ai mis un 48 pistes dans mon salon, et puis ça m’a pris le temps qu’il fallait, mais maintenant tu me mets devant n’importe quelle console, et je te la fais marcher.
-Quand tu es parti, c’était au début de la coupure nette entre Rock et variété. Si tu étais resté, quelle voie aurais-tu choisie ?
Moi je me suis toujours considéré comme un artiste rock ; même si ma musique ne l’était pas toujours, mon personnage l’était. Le cul sur les affiches, l’attitude, tout a toujours été rock. Il y avait un fossé entre l’attitude rock et « l’œuvre » c’est vrai. Et j’en étais tellement conscient que je terminais mes concerts par un medley des rocks de Jerry Lee Lewis et Little Richard, en montrant vraiment la musique que j’aimais, et je m’éclatais complètement. Bon, maintenant, il y a aussi des problèmes de survie dans la carrière de tous les artistes, il y a des moments où l’on ne fait pas toujours ce qu’on veut, parce qu’on veut être capable de durer, pour un jour être capable de faire ce qu’on veut. C’est vrai qu’il y a des contradictions dans ma carrière, je ne le renie pas. En France, je respecte tous les artistes, et j’en admire très peu ; mais quand je vois des gens contents sortir d’une salle, que l’artiste soit rock, pas rock ou polka, il a mon respect. A l’époque, quand il n’y avait pas de rock à la radio, moi je m’en suis toujours plaint, mais si demain il n’y a plus que ça, je vais m’en plaindre autant. Parce qu’il ne faut pas recommencer les mêmes erreurs. Je ne suis pas un extrémiste des goûts, je trouve ça dangereux. Je me félicite par contre qu’on entende un maximum de variété étrangère, parce que la plupart du temps, elle est mieux faite que celle faite en France ! Désolé pour mes camarades, mais ça ne me dérange vraiment pas.
LES RICAINS
-Tu écoutes toujours des musiques de toutes sortes ?
-Absolument. Y compris les musiques grecques, égyptiennes, etc. Quand un artiste est sincère, il faut qu’il puisse s’exprimer. Moi je ne vais pas me plaindre de la vague rock, j’en fais partie à mon niveau, même s’il n’est pas international. Je me sens quelque part complètement responsable de ce qui se passe aujourd’hui . J’ai toujours été consommateur de musique anglo-saxonne. Faut pas oublier que le mec qui joue l’intro de « La Poupée Qui fait Non », mon premier disque, s’appelle Jimmy Page ! C’était la condition sine qua non pour que je signe : j’ai dit je veux les meilleurs en Angleterre, et dans les quatre mecs qui jouent, j’ai eu Page et J-P Jones, soit la moitié des Yardbirds ! Donc si la musique n’a pas toujours été rock, les goûts et l’attitude l’étaient. Finalement, je n’ai jamais changé mon fusil d ‘épaule. C’est vrai que j’ai écrit des grandes mélodies romantiques, mais « Stairway to Heaven », c’en est une aussi !
En Californie, j’ai suivi de près tout ce qui s’est produit en rock ces dernières années. D’abord parce que les Américains sont fanatiques de musique anglo-saxonne, Costello, Police, tout ça…Bon pour les Sex pistols, l’Amérique a été un peu hermétique. Ils sont arrivés au texas en traitant les Texans de pédés. Les Américains n’aiment pas se faire traiter de la sorte, c’est normal, moi non plus d’ailleurs. Moi je ne me sens pas proche de ce groupe parce que je n’aime pas les attitudes destructives. J’ai connu des grands moments dépressifs, mais mes dépressions n’intéressent personne ; ce que j’ai envie de faire, c’est d’apporter aux gens du positif et du bonheur, sans être pour autant un personnage « middle of the road », avec des dents très blanches ! Ceci dit, je considère les Pistols comme des gens importants parce que chaque artiste qui amène quelque chose, qui fait « peur » à la limite, est à considérer. J’ai trop souffert moi-même de l’incompréhension pour faire pareil avec les autres.
-En débarquant en Californie, tu es devenu monsieur-tout-le-monde ?
-Evidemment. Ils considèrent la musique française comme complètement nulle, à part la « chanson française », Montand, Aznavour. Quand on leur parle de la France, c’est des clichés : les petites femmes, les parfums, la bouffe, la couture ; finalement tout ce qu’on fait de mieux ! La musique ? Sûrement pas. Des mecs comme Jarre ou Legrand sont reconnus aux States, et respectés, mais je ne vois personne d’autre. J’ai fait la musique d’un cult movie, « Lipstick », mais les ricains ne me considèrent pas pour autant comme un COMPOSITEUR. Je ne veux pas faire le numéro de certains de mes compatriotes : faire croire que je suis quelqu’un là-bas. En plus, je n’ai même pas essayé, parce que j’étais tellement content de pouvoir me balader dans la rue. J’ai énormément besoin de discuter avec les gens de la rue, parce que sinon je fais des œuvres auto-biographiques, et je me referme. Les derniers moments où j’étais en France, mon inspiration était mal partie. Attention, je ne suis pas en train de dire que je suis content qu’un escroc m’ait piqué tout mon pognon et que j’aie dû me casser ! Mais disons que ça a été bénéfique que je parte. J’étais vraiment au bout du rouleau au point de vue inspiration. J’ai renoué avec la rue. C’est important, parce que c’est là que ça se passe vraiment. Le reste, les salons, les machins, c’est joli, ça sent bon, mais ça n’est pas là que ça se passe.
Depuis que je suis revenu ici, je trouve que la rue se passe mieux en France, il y a plus d’animation, de vie, que quand je suis parti, et je trouve ça très bien, mais sur le plan mode et création, je continue à mettre l’Angleterre au-dessus des Etats-Unis. C’est le compromis entre le CHOC et quand même le vieux fond toujours présent de culture européenne, ce que les ricains n’auront jamais. A part Talking Heads, que j’adore, je vois mal un groupe américain qui soit digne de l’Angleterre, je parle d’un point de vue intellectuel.
Ceci dit, j’adore les groupes américains, mais les Anglais sont plus fins, ils ont vraiment ré-inventé le rock, ils ont dans le cerveau quelque chose qui me plaît. Il n’y a pas que les tortillages de cul, quoique je n’aie évidemment rien contre les tortillages de cul ! J’ai beaucoup de respect pour leur sens de l’agression, avec toujours un grand sérieux quelque part. Constamment je me prends des chocs avec les Anglais. Je sens que les Américains, par exemple quand ils font des efforts pour un clip, font ce qu’ils pensent que les Anglais feraient à leur place ! Billy Idol est un bon exemple d’un Anglais vivant aux U.S.A et d’une bonne agression avec quelque chose derrière. Pas une agression gratuite. S’il y avait une personne dont je puisse me sentir proche, c’est Bowie, à part les changements de personnage. Moi on me reproche de toujours garder le même, mais si je le changeais, on me le reprocherait aussi ! Mais Bowie est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’admiration, je trouve que quelque part on est semblable, mis à part les préférences sexuelles. On a des choses en commun, parce que tous les grands créateurs en ont, et je me considère comme l’un d’entre eux !
-Pourquoi, après une période d’adaptation, n’as-tu pas fait comme Billy Idol, tenté une carrière américaine ?
-Je n’ai pas attaqué, parce que je n’avais envie, réellement. Je ne voulais pas faire les machins et les trucs…J’ai fait American bandstand, parce que je voulais être le premier français à le faire. On va difficilement croire que je n’avais pas envie ! Mais maintenant j’ai l’intention de reprendre du service, et de retravailler ma carrière. J’ai toujours fait passer ma vie privée avant ma vie professionnelle. J’espère pouvoir continuer à le faire. Ca demande beaucoup de sacrifices, le public exige trop de ses idoles. Je veux maintenant travailler en Amérique, ne serait-ce que pour prouver aux incrédules que quand je dis que je n’avais pas envie, ça ne veut pas dire que je me suis planté ! Si c’est pour faire les trucs bidons que certains français ont fait là-bas, c’est pas la peine. Moi aussi je peux remplir le Madison Square Garden, en invitant toute la communauté française ! C’est pas ça, faire carrière en Amérique !
INCOGNITO
-On peut faire carrière sans se plier aux règles de la promo ?
-On me voit tellement peu à la télé qu’on ne peut pas me qualifier de mec qui se prête à la politique de ce métier. C’est un choix. Sur « Bulles » il n’y a rien eu, à part un clip.
-Ton statut de chanteur exilé te vaut-il une attitude spéciale des médias ?
-Quand je les vois, ils ont l’air très content, parce que quand on se fait rare, le mec dans l’émission duquel tu vas, il est content par rapport aux autres qui ne m’ont pas ! Je viens de passer quelque temps en province, et en discutant avec les gens, je me suis aperçu que quand ils aiment bien un artiste, ils veulent le VOIR. Quand je suis en Amérique, on ne m’en veut pas, mais si je suis là et qu’on ne me voit pas non plus, quelque part, les gens m’en veulent ! Ils se demandent pourquoi je me cache ; ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que quelquefois je refuse d’apparaître ici ou là parce que je sais que mon image ne va pas être respectée, ne va pas passer dans des conditions acceptables. Le public ne voit pas ça comme ça et croit que je l’ignore. C’est dur d’aller dans des émissions pour dire qu’on n’aime pas y participer. C’est un secret pour personne, je n’aime pas la télé, je n’aime pas comment c’est fait, je trouve qu’il y a beaucoup de mauvais là-bas. Je passe mon temps à refuser des émissions, ça m’ennuie d’être filmé, interrogé par des gens qui ne sont pas très bons.
-On a établi des parallèles entre ton retour et le changement de gouvernement. Qu’en est-il au juste ?
-Je suis sidéré par l’importance de la politique en France, c’est unique au monde ! Jamais on ne mentionnerait un changement de gouvernement à un artiste aux U.S.A. Tout le monde s’en fout. Comme dans dix ans on se foutra ici de qui est aujourd’hui au gouvernement. Il faut savoir une fois pour toutes que quand un mec est en haut, il devient chef comptable, il se retrouve avec deux colonnes : recettes et dépenses. Quelle que soit son idéologie. C’est tout. Mon retour ou pas mon retour n’a rien à voir avec un changement ou pas de changement. Mais j’ai remarqué que les gens avaient changé. En bien. Aujourd’hui tout le monde se considère comme quelqu’un d’important. C’est très bien. Il n’y a rien de pire que d’être entouré de gens qui sont mal dans leur peau. Il y a quinze ans, chacun, quelle que soit sa fonction, ne se considérait pas comme une entité.
-Sur « Incognito », ton dernier album, tu signes toi-même toutes les paroles. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour en arriver à cette solution. La faiblesse de « Bulles », c’était à mon avis les textes.
-Ca prend beaucoup de temps à écrire, des paroles. Pour cet album, j’ai pensé que personne ne pouvait écrire à ma place, parce que personne ne pouvait ressentir ce que je ressentais, personne n’avait vécu ce que j’avais vécu. C’est pourquoi j’ai écrit moi-même. Sur «Bulles », on avait un accord avec Jean-Paul Dréaud de tout cosigner, pour des facilités administratives. Mais le hit « Tam Tam », par exemple, était entièrement écrit par moi.
-Depuis « Incognito », on parle d’un spectacle, le premier spectacle de Polnareff en France depuis 72, qu’en est-il aujourd’hui ?
-Ca va avoir lieu. Je ne veux plus donner de précisions dans le temps sur des trucs qui ne sont pas signés, parce que je vais finir par passer pour un rigolo à force d’annoncer des délais qu ne sont pas tenus. Je peux seulement dire en gros que ça se passera à Paris ce siècle-ci ! Le projet est très avancé cependant. Je suis allé respirer les nouvelles salles et le goût du public. Il ne faut pas tomber dans le piège de dire « je ne fais pas le Zénith parce que machin l’a fait, ni Bercy parce que truc s’y est illustré » ; faut être un peu raisonnable, on ne peut pas avoir chacun notre salle. A l’époque on faisait tous l’Olympia, et c’était très bien comme ça. On est bon ou pas, c’est tout ! Où que je le fasse, mon spectacle sera différent, forcément, puisque je ne fonctionne pas du tout comme les autres. Et ce spectacle sera bien évidemment suivi d’une grande tournée française.
MOI
-85 restera dans les mémoires comme l’année du Live Aid, de l’engagement, de la conscience des problèmes graves du monde. A ton niveau de musicien célèbre, est-ce que tu sens une sorte de pression morale pour t’impliquer dans de telles opérations ?
-C’est très simple, moi, je me sens plus français qu’éthiopien. Moi, pour pouvoir aider les autres, il faut que je sois moi-même sorti de la merde. J’ai des grands problèmes, et j’ai une œuvre qui s’appelle Polnareff, et dont il faut vraiment que je m’occupe. Et ça, ça passe avant les autres causes. Parce que si moi je ne sauve pas Polnareff, je ne pourrai pas après aider les autres. Quand j’aurai sauvé Polnareff, alors je serai beaucoup plus réceptif à toutes les misères du monde. Je me retrouve par la force des choses devant des responsabilités, et on me demande d’y faire face, et je vais y faire face. Si je ne suis pas sur « Chanteurs Sans Frontières », c’est qu’on ne me l’a pas demandé, sans doute parce que j’étais en Amérique. Je ne suis pas en train de me plaindre qu’on ne m‘ait rien demandé, parce que peut-être je ne l’aurais pas fait. Bon, je n’étais pas là, mais les gens qui me connaissent bien savent que je suis tout sauf un radin. Je dis seulement qu’aujourd’hui il faut que je m’occupe de moi. Dans l’ordre des priorités, il y a moi d’abord, ensuite il y a les Français, également les Américains parce que c’est un pays qui m’a accueilli très bien au moment où j’avais des problèmes avec mon propre pays, et puis après il y a le reste.
Mes emmerdes ne sont pas terminées, il y a un mec qui m’a escroqué, qui a été condamné. Je dois toujours de l’argent aux impôts. Les impôts et moi-même sommes les victimes de cet escroc. La seule raison pour laquelle je suis parti en claquant la porte, c’est qu’à l’époque ( 72 ), ils me soupçonnaient d’avoir éventuellement été en cheville avec le mec ! Il y a des limites à l’humour quand même ! Bon, l’argent que je dois, je le dois. Il s’agit de sommes assez grosses, dont je suis actuellement toujours redevable, même si ma bonne foi a été prouvée. A l’époque, je ne m‘occupais pas beaucoup de mes affaires. Maintenant j’ai appris à le faire. Ou du moins, j’essaie de limiter les dégâts !
-La provocation, ça a été longtemps ton cheval de bataille. Pourquoi aujourd’hui revenir aussi « discrètement » sur le devant de la scène ?
-Mon cul sur les affiches, c’était une idée seulement. Une idée à moi, je ne savais pas que ça allait faire tant de bruit. J’avais envie de me marrer, de mettre les rieurs de mon côté. Une idée sublime. La provoc pour la provoc, ça ne m’intéresse pas du tout. Sinon tu t’épuises. C’est la surenchère, et tu es finalement perdant. En faisant cette affiche, je voulais juste faire bouger les gens. Je ne pensais pas que j’allais me retrouver en correctionnelle ! Coluche et Gainsbourg quelque part ont bien compris mon école. Je ne le dis pas méchamment, ils le savent A cette époque-là, ça demandait du courage, c’était plus risqué de faire ce genre de truc qu’aujourd’hui. Montrer mon cul, aujourd’hui, je ne le referais pas. En fait, ça s’est fait un peu par hasard. Je voulais poser avec ce chapeau de mariée que j’avais acheté à la Samar, et ce chemisier en dentelle d’une copine. J’avais un futal super collant, et exactement la même pose. Quand j’ai vu l’image, c’était indécent ! J’ai essayé avec un autre pantalon, ces trucs qu’on avait à l’époque, avec des lacets sur le cul, là, le résultat était monstrueux, carrément obscène. Alors j’ai eu l’idée d’enlever le pantalon. Le résultat a dépassé mes espérances.
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Hâbleur et pétillant, c’est Polnareff.. Un franc-tireur, depuis toujours. Dans son dernier disque, il prétend vouloir « bronzer vert ». Vous verrez qu’il finira bien par y arriver !
Jean-Eric PERRIN .