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Télé Cable semaine du 26 au 4 mars 1994
Télé Cable 1991

 

 

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De « Love me » à « LNA HO », Polnareff mot à mot.

En France, il n’y a guère qu’une personne qui doive enlever ses lunettes noires pour être incognito, et c’est Michel Polnareff ( qui avait dit Gilbert Montagné ?)

Authentique génie mélodique, Michel fit la Polnarévolution avec une gamme de ritournelles pas si légères que ça, durant les années 70, puis décida - ou laissa le destin décider pour lui - que l’aléatoire serait une meilleure route vers le futur que le chemin balisé emprunté par les stars institutionnelles.

Absent du hit-parade avant même qu’on ne le rebaptise Top 50 en transit entre la Californie et Nowhere Land, Polna avait refait surface, voilà presque un an, avec « Kama-Sutra »,un album sexué et insolite, son premier depuis « Incognito », en 1985.

Disque d’or ( mais ce n’est « que » 100 000 exemplaires vendus, donc la moindre des choses pour Polna), « Kama-Sutra » a généré quatre 45 tours, et autant de vidéo clips : « Goodbye Marylou » en ouverture, puis « Toi et moi », « Kama-Sutra » et enfin « LNA HO », chanson phonétique clippée avec images de synthèse. Le héros de ce dernier est un bébé Polnareff jouant avec des cubes sur lesquels s’inscrivent les lettres formant la chanson ( LNAHO, LHOLNA, LAOTCO, etc.). Polna, qui ne parle guère à la presse et encore moins à la télé, a bien voulu parler pour Télécâble de ce nouvel exploit au budget vertigineux ( en tout cas pour un clip). Dans un de ses nombreux lieux de transit, un grand hôtel parisien (le Royal Monceau, avenue Hoche) où il s’est lui-même assigné à résidence, Polnareff observe le monde en remote control. Micro ouvert.

Télécâble.- Pourquoi ce bébé Polnareff dans votre clip « LNA HO » ?

Michel Polnareff .-Parce qu’il berce O ! C’était important pour la chanson d’avoir un support visuel qui explique le travail de l’écriture. Le bébé est le lien avec les lettres qui forment des mots.

T.-Vous aviez cette formule, dans votre album de 85, « Incognito » : « Pour le plaisir des oreilles et le désespoir de la maison de disques. » C’est vrai aussi pour l’ image ?

M.P.-Oh ! le vrai désespoir, c’est quand il ne se passe rien et qu’il n’y a pas d’idées. Les idées ont une valeur, et c’est important de leur donner un support. Un clip peut être un parasite, limiter l’imagination de ceux qui la regardent.

Mais pour « LNA », c’était obligatoire, sincèrement. Sur les quatre clips extraits de « Kama-Sutra », c’était le seul obligatoire.

T.- Vous donnez parfois l’impression d’être un fantôme, on vous voit et on vous entend très peu…

M.P.- C’est important que la chanson passe avant le chanteur. En n’étant pas là, je mets les chansons plus en avant.

T.- Qu’est-ce que vous avez voulu faire passer dans cet album ?

M.P.- Un peu toutes les émotions. La solitude, et puis l’échange dans la communication avec « Marylou ». « Toi et moi », c’était « les animaux le font aussi », « Kama-Sutra », c’était un voyage intérieur, et « LNA HO », c’est décapotable.

T.- En parlant de décapotable, vous n’avez pas l’impression d’être le seul chanteur à parler librement du « safe sex » ?

M.P.- Je ne me rends pas compte de ce que font les autres. Je suis conscient des problèmes que peut causer le sexe maintenant. Il ne faut pas arrêter, mais prendre des précautions, le préservatif. D’où, « Y’a pas l’Sida » (dans le morceau « Toi et moi »), qui est comme dire « y’a pas le feu » : ça ne veut pas dire que le feu n’existe pas.

T.- C’est important de ne pas entendre ce que font les autres ?

M.P.- En général, j’essaye de ne rien écouter pendant que j’enregistre, parce que je veux être sûr que tout ce que je fais est de moi.

T.- Ca vous plaît, cette vague de remix, cette reconstruction permanente des morceaux ?

 

 

M.P.- Moi, j’aime beaucoup, parce que ça montre que les vraies choses ne sont jamais finies. Il y a des projets pour remixer des chansons à moi…Ce qui m’a plu, c’est la version de « Love me, Please Love me », par Avalanche, pas un remix, mais une reprise, une autre version de la chanson.

T.- Et la reprise destroy de « La Mouche », par Le Cri de la mouche ?

M.P.- C’est…Non ça…Ca me fait plaisir d’inspirer les autres.

T.- Vous êtes un gros consommateur d’images ?

M.P.- Oui, énormément. Le câble, par exemple, c’est C.N.N, ou alors de vieilles séries américaines. Actuellement, c’est un mauvais exemple, parce que j’arrête aussi de regarder des images en période de clip, donc là, je commence juste à un peu rouvrir la fenêtre.

T.- Pas de musique quand vous enregistrez, pas d’images quand vous tournez : si ça dure trop, vous allez devenir bizarre !

M.P.- Oui, c’est sûr ! (rires)

T.- Hélène, Marylou, ce sont les femmes d’aujourd’hui ?

M.P.- LNA est un personnage fictif, tout comme le bébé du clip, c’est de la fiction.

T.- Vous diriez ça de toutes vos chansons : « Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé… » ?

M.P.- Toutes, sauf, peut-être, « Je suis un homme » !

T.- Vous avez lu le « Kama-Sutra » ?

M.P.- Le vrai ? le disque ? (rires). Oui, bien sûr, je l’ai surtout regardé. Je préfère le clip à la musique, dans celui-là.

T.- Ca a été une source d’inspiration libre de droits ou un point de départ ?

M.P.- Non ? J’avais une espèce de vision où je pensais qu’un jour, s’il y avait une destruction de tout ce qu’on a connu, ce que l’on retiendra le plus de notre civilisation, ce serait les choses du sexe, qui sont la base et la fin de tout.

T.- Vous êtes nostalgique ?

M.P.- Mmmmm…oui. Raisonnablement. Pas sur le plan professionnel, en tout cas, je préfère le présent et le futur, j’aime pouvoir remodeler. On parlait de remix, ça c’est un truc qui me permet de ne pas enterrer les choses. Je serais plutôt nostalgique pour des choses personnelles.

T.- Qu’est-ce qu’il se passe au 12021 Wilshire Bvd, à Los Angeles ( l’adresse créditée sur tous les derniers albums de Polna, ndlr) ?

M.P.- Oh ! je n’y habite pas, ce sont mes lettres qui y habitent.

T.- Vous vous connaissez vous-même ?

M.P.- Je crois que je connais mieux mes possibilités que mes limites.

T.- Vous avez, dans le passé, déclaré que vous étiez intelligent, l’êtes-vous toujours ?

M.P.- De moins en moins.

T.- Ca, c’est de la franchise. Vous aimez qu’on vous juge ?

M.P.- Pas trop, mais ça fait partie du personnage public. En général, ça ne change pas mon opinion, mais quelque part, j’appartiens un peu à tout le monde.

T.- Vous composez toujours au piano ?

M.P.- En ce moment, je compose sans instrument. C’est intéressant.

T.- Et la suite de « Kama-Sutra » ?

M.P.- Je crois que je suis capable de tout .

T.- Y compris du pire ?

M.P.- Mais aussi du meilleur.

Propos recueillis pas Olivier CACHIN.