Un article paru sur le journal Nice Matin Juin 1999.
 
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Michel Polnareff " je suis une résurrection ! "

Il crée l'événement avec " Je rêve d'un monde " , une nouvelle chanson prélude à un album d'inédits , le premier depuis neuf ans.

En direct de son studio de Los Angeles , il se confie à " Nice-Matin "

 

Au bout du téléphone, on entend le piano, dans le studio de Burbank, où Michel Polnareff a élu domicile. il est minuit trente-six, Par Alain LAVILLE

Mercredi à Los Angeles, neuf heures trente-six, à Nice. Le chanteur s'arrache à son état de création permanente pour « Nice-Matin ». Un journal qu'il connaît bien, et dit avoir pu apprécier, au temps de ses concerts, et de ses virées dans la région.

« Quand on écoute « La Nouvelle Chanson de Polnareff », on croit rêver, peut être parce qu'on n'y croyait plus ?

- Moi non Plus ! Je Plaisante. Il m'a, en tout cas, fallu deux ans pour écrire « Je rêve d'un monde ». J'ai recommencé au moins dix fois l'enregistrement, fignolé le moindre détail , soigné chaque instrument. Comme d'habitude !

- Vous doutez toujours de vous ?

- Je cherche avant tout la perfection, et ça prend du temps. Cette chanson, au début disait « Je et tu ». Elle était trop étriquée. Je l'ai voulu soudain universelle.

- Vous chantez : « Je rêve d'un monde sans guerre et sans misère. Un monde qui ne serait rien que pour nous et qui sera. Un monde sans haine, sans race ni frontière... » C'est un hymne ?

- Je donne ma vision idyllique, mais nécessaire d'un monde que nous voulons, tous, fait d'amour et de paix. J'ai la faiblesse de croire à un monde meilleur.

- Vous avez suivi l'actualité du Kosovo ?

- Je suis accablé par ce que je vois. Il me paraît trop contradictoire de faire la guerre pour protéger la paix. Et puis, je me méfie des violences invisibles en temps de paix, si apparentes en temps de guerre. »
Comme il semble loin le temps où Michel apparaissait cynique, désenchanté, revenu de tout et de tous, vivant cloîtré ,pendant deux ans, dans une suite de l'hôtel Royal Monceau », à Paris, en refusent tout contact humain. La voix est moins crispée, plus sereine. Malgré la distance, on a l'impression de retrouver le bon copain des années soixante-dix.

C'est le nouveau Polnareff ?

- Je m'isolais pour des raisons physiques. Retrouver la vue M'a permis de retrouver la vie. Je suis une résurrection.

- Vous avez hésité pour l'opération ?

- C'est une opération chirurgicale très grave. J'avais peur, l'avoue. J'ai attendu que le courage soit là. Quand on s'attaque à du dur, comme un bras, une jambe, cela passe. Tout ce qui est mou inquiète : les yeux, les testicules (rires), les seins, pour une femme .L'opération s'est révélée une réussite totale .Mes seules lunettes désormais , sont de soleil.

- Vous avez pensé à la mort ?

- J'y pense tous les jours ,mais là, c'était encore plus. J'aurais pu devenir aveugle, mourir .Les chirurgiens me l'ont expliqué. J'ai l'impression que l'on meurt parce qu'on a peur de la mort ,qu'on la provoque ainsi , par notre attitude.

Cela pourrait être le thème de vos chansons ? -

-Si l'on veut ....Ce sont surtout l'amour et l'amitié qui m'inspirent .Ce sont mes forces de vie.

Vous avez connu des dérives avant l'opération ?

- Vous voulez parler de l'alcool. Parlons en ! J'ai mis ma santé en péril, croyant ainsi noyer mes désespoirs, surtout celui de perdre la vue. C'était déplorable, c'était une erreur ,mais je voyais sans doute trop mal l'avenir !

- L'avenir, c'est le nouvel album ?

-il sortira au mois d'octobre .J'ai déjà sept chansons terminées. Enfin, jusqu'à preuve du contraire ! J'en écris, j'en enregistre, j'en jette. Je ne sais même pas encore, si « Je rêve d'un monde » sera sur l'album .Il sera très hétéroclite, avec aussi bien de la techno que du hip-hop, tout en gardant le style Polnareff, si style il y a !

-A quel âge avez-vous commencer a composer ?

- A trois ans, disait mon père, lui même grand compositeur (1). Il a d'ailleurs traduit en notes cette mélodie d'enfant. Je la jouerai, peut-être, un jour, sur CD. Ensuite, il y a eu mon premier prix de solfège du Conservatoire de Paris, en 1956, qui m'a ouvert les portes des portées et des chansons. Dix ans plus tard, je sortais « La poupée qui fait non ».

- Pourquoi, plus de trente ans après vos chansons vieillissent moins que celles d'autres auteurs ?

Les mélodies, que je veux intemporelles, aident à cette impression. J'ai aussi toujours espacé mes disques dans le temps, ce que l'on m'a reproché. Cela m'a permis de proposer des chansons plus élaborées ,plus résistantes aux modes et aux années.

Quelles sont vos chansons que vous préférez ?

Je ne réponds jamais à cette question, de même qu'un père refuse de dire quel est son enfant préféré .Je les préfère toutes, sinon je ne les aurais pas enregistrées !
Allez, pour vous ,je fais l'impasse sur ma pudeur .J'aime beaucoup « Love Me,Please Love Me », « Ame câline », « Le bal des Laze», « je suis un homme », « Marylou ».

- Vous sembler gêné de parler du passé ?

- Je déteste le passé. Je ne voudrais, jamais revivre un seul jour de ce passé. Je n'aime que l'avenir.

- Pourquoi être si catégorique ?

- Parce qu'on ne peut pas changer le passé. Pour l'avenir, en revanche, tout est permis.

- Qu'allez vous faire à la fin de cette interview ?

- Rester dans le studio, avec les techniciens , les musiciens .C'est ma vie. J'y suis vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ou presque. Je vais arrêter vers sept heures du matin, puis faire une partie de tennis. C'est devenu mon Sport favori.

Vous êtes increvable ?

On le dit ! je dors plutôt l'après-midi. Je me nourris bien, sans excès. La musique fait le reste, pour me garder en forme. »

Michel la tendresse aura cinquante-cinq ans le 3 juillet, mais a-t-il un âge, lui qui se balade dans la vie, en éternel ado, Cheveux longs, mais pas idées courtes.

Vous lisez ?

Pas beaucoup, ou pas du tout. J'ai assez lu quand j'allais en classe. Je me suis juré, alors, que je ne recommencerai plus. C'est ma revanche sur le poids de l'enfance.

- Vous privilégiez les technologies modernes ?

- Je suis un mordu de l'Internet et j'ai un site Web (2), qui me sert de baromètre, de boîte aux lettres, de radio et de télé privées. Les Polnawebiens ne vont d'ailleurs pas manquer de trucs fous dans les mois à venir !

- Vous écoutez de la musique ?

-Je suis fan de musique black et POP, attentif à la techno. J'ai pour amis Lionel Richie, Quincy Jones, Michael Jackson. On échange des idées. Nous sommes tous inspirés par les autres, sans pour autant se copier.

- La France ne vous manque pas ?

- Je suis bien à Los Angeles pour travailler, loin de toutes les pressions. Je reste en contact avec Mes fans, via le Web. Je peux aussi revenir quand je le veux, d'un coup d'aile. Je compte bien d'ailleurs retrouver la scène, le premier jour de l'an 2000, en France , avec un spectacle spectaculaire ! »

Il existe des dizaines de reprises des chansons de Polnareff, à travers le monde , mais celle qui me touche le plus n'existe pas en CD: « Ce sont les Bleus, futurs vainqueurs de la Coupe du Monde de football, reprenant en coeur « On ira tous au paradis ».

Version courte, version longue

Sur le single de Polnareff ,chez Columbia, deux versions de « Je rêve d'un monde ».l'une de 6 mn 24, l'autre de 11 mn 32 !

Explication du maître de musique: « La plus longue ne pouvait sortir qu'en CD, et la plus courte, réservée à la radio, est encore trop longue ,selon les formats actuels. Je laisse les autres, s'ils le veulent, jouer à Marie-Antoinette-Louis XVI bref guillotiner la chanson ! Comme elle est très bien accueillie, sur toutes les radios, j'espère leur indulgence. »

 

 

1. Notamment de la chanson « Le Galérien ».

2. http://www.polnaweb.com.